Voilà, à la suite de mes deux premiers posts de la semaine, explications, point de vue, et conclusions arrivent. Bien sûr ils ne seront que les miens, et comme je me dois de le préciser, il vous manque le point de vue "des autres". Qui me prennent sans doute pour une conne. Mais on s’en fout, ici c'est chez moi ! Lol !

Pour commencer un flashback s’impose.
Ma rencontre avec Lacryma a eu lieu il y a quelques années. Notre lien s’est forgé sur la base qu’elle et moi, à l’époque, rencontrions des problèmes avec nos mères respectives, étonnamment ressemblantes sur le fond, manipulatrices, chantages affectifs etc... Et nous étions complètement paumées à ce sujet.
Son mari était salarié commercial, et elle est fonctionnaire.
J’allais très mal, elle aussi, et ça nous faisait du bien de discuter ensemble de ces mères intolérantes et dominatrices qui sont les nôtres, de ces pères lâches, soumis et absents qui sont aussi les nôtres, et de ces familles complètement dysfonctionnelles qui sont les nôtres.
Nous en riions (ou en pleurions) ensemble, lors de nos fréquents repas. Bien que GrosMulet n’adhère pas trop à nos méthodes pour en sortir (psy et aides diverses, tout ce qui nous tombait sous la main), nous pouvions en discuter sans arrières pensées et sans autocensure.

GrosMulet lui, avait suivi une psychothérapie de quelques mois des années auparavant, et estimait "avoir tout réglé", il se posait ainsi en "celui qui sait parce qu'il y est passé" et il aimait bien ça... Il l’estime toujours, avoir tout réglé, bien que leurs enfants aient les soucis dont j’ai déjà parlé. Aujourd’hui, Lacryma estime aussi "avoir tout réglé".
Pour en avoir donc pas mal parlé par le passé, GrosMulet était battu par son père qui le terrorisait, mais sa sœur pas du tout. Sa mère disait rien. Et sa mère le laissait, tout petit, seul à la maison parce qu’elle travaillait. En grandissant, la sœur de GrosMulet a "tout": maison gratos, bouffe gratos, son salaire c’est "argent de poche", chouette non ? Bon la contrepartie c'est qu'elle est toujours célibataire et sans enfants, mais ptet que ça l'arrange...
Lacryma et son frère étaient battus par leur mère, voire torturés, rabaissés, humiliés, j’en passe et des meilleures, et le père ne disait rien. Le frère de Lacryma est alcoolique, a une femme comme sa mère et une fille en fort surpoids depuis toujours. Il fuit son domicile comme son père le faisait avant lui.

Aujourd’hui ce que je vois c’est qu’il y a eu une différence fondamentale de cheminement de pensée, de choix, et d’actes entre eux et nous au cours de ces 5 dernières années.

Les cheminements :

J’ai du travailler pour voir mes parents tels qu’ils sont. J’ai mis plus de 5 ans à accepter la réalité. J’ai eu du mal (et en ai encore) à admettre que ma mère puisse préférer me voir détruite que différente de ses "projets" pour moi (être "un bout d'elle" ou rien). J’ai eu du mal à admettre qu’elle puisse ne pas m’aimer, et qu’elle n’y puisse pas grand-chose, puisqu’elle ne se remet pas en question. J’ai eu du mal à admettre qu’elle ne VEUILLE pas se remettre en question... J’ai eu du mal à admettre que j’étais complètement impuissante à établir avec elle une relation d’égale à égale puisqu’ELLE ne le veut pas. J’ai tout essayé pour y arriver en vain… j’ai eu du mal à admettre que sans doute elle est très satisfaite de la situation actuelle qui lui permet de se plaindre de moi et d’être ma "pauvre victime" tout en savourant le fait qu’elle ne me voit plus, puisque il lui est au fond insupportable de constater ma différence et surtout ma réussite dans cette différence… Et enfin j’ai du aller chercher au fond les peurs, les manques, les attentes, les besoins qui n’avaient jamais été comblés et ne le seront jamais, quoi que je fasse. Ma psy l’année dernière m’a aidée à intégrer tout cela. Le travail intérieur à ce sujet continue encore, et sans doute ne sera jamais fini.

Pour Lacryma, les choses au départ sont allées très vite, beaucoup plus vite que pour moi. Elle a eu un espèce de "flash" qui lui a permis de voir d’emblée la toxicité suprême de sa mère. Du coup, elle a arrêté assez vite sa psychothérapie, contrairement à moi. Mais j’ai l’impression qu’elle s’est arrêtée au stade du constat. "Dans le fond ma mère ne m’aime pas et veut ma mort".  Elle n’a pas creusé émotionnellement ses peurs, ses manques, ses besoins et ses attentes qui lui venaient de ce désir de mort de sa mère sur elle...

Les choix et les actes.

En conscience de mes manques d’enfance, de mon impuissance à faire changer l’autre, j’ai "choisi" de ne plus travailler à l’impossible. Ça a été très dur et c’est toujours très dur d’assumer ce choix. Mais j’ai choisi de ne plus rien faire vers mes parents dans l’attente d’une reconnaissance de mes souffrances et d’un amour qui ne viendront jamais et qui, même s’ils venaient un jour, ne combleraient jamais ce qui m’a manqué petite. Ça parait idiot de dire ça tellement c’est évident, pourtant intérieurement, c’est difficile d’arriver à l’intégrer… Autrement dit, je ne vois plus mes parents, puisque ma mère ne veut qu’une relation de pouvoir qui ne me sied guère, et que mon père est infoutu de s’affirmer, ne serait-ce que pour me voir, seul… alors…

Lacryma, elle, a "choisi" à l’époque, (mais l’a-t-elle vraiment choisi ?) de continuer à inviter ses parents chez elle (mais sa mère ne supportait pas de vivre sous son toit alors ils venaient en camping car, ahah), de continuer à aller les voir. Sous le prétexte hier qu’elle "savait remettre sa mère à sa place" (moi j’ai mis un temps fou à arriver à ne serait-ce que me rendre compte de ses piques et de ses rabaissements, à ma mère, je zappais, ça me glissait dessus, incompatible avec l’image de "bonne mère" que je voulais garder d’elle).
Aujourd’hui elle redouble ses visites sous le prétexte que sa mère ne peut plus bouger, et rend son "pauvre père" qui ne l’a jamais protégée fou (enfin, si, maintenant qu’elle a commencé elle-même, il ose un peu la ramener, quel courage !) Elle redouble d’attentions envers les vieux de tous poils, qu’ils soient de sa famille ou pas. Sans se rendre compte qu’elle court simplement après l’amour que sa mère ne lui a jamais donné enfant, et qu’il ne viendra jamais, c’est foutu.

Les conséquences des actes :

Pour ma part, ayant lâché les espoirs vains et les missions impossibles, j’apprends à me tourner vers ceux qui m’aiment et à les aimer vraiment : Mon mari et mes enfants, qui, eux, m’aiment du plus profond de leur cœur... J’apprends à les aimer au lieu de me défouler sur eux de la frustration de ne l’avoir pas été et de ne pas arriver à l’être par ma mère, même si ce n’est pas facile tous les jours !
La phase la plus dure du travail sur moi a été de m’apercevoir que je ne savais pas aimer. Ni mon mari, ni mes enfants, malgré ce que je croyais. Je faisais "comme si", ce que je croyais qu’il fallait faire pour "aimer". Arf ! Comme si c’était un truc inscrit dans un mode d’emploi. Quand on n’a pas de cœur, on peut toujours faire semblant d’en avoir un, d'autant que parfois, comme il bat un chouia plus vite, on y croit vraiment...  Bon, j’avais jamais appris, comment j’aurais pu savoir, hein ? Alors maintenant j’apprends ! J’ai d’autant plus de temps et d’énergie pour cela que je n’en utilise plus à perte à courir après des choses révolues et foutues. Comme disait l’autre, on a peur du pire et on passe son temps à essayer de s’en préserver alors qu’il est déjà arrivé.

Ce que j’en ai vu du côté de Lacryma, c’est qu’elle bouffe temps et énergie à tenter de trouver quelque chose qui n’existe que dans ses espoirs, qui n’existe donc pas... Elle estime tout savoir de l’amour et pouvoir en remontrer en ce domaine à tout le monde, comme son mari, d’ailleurs et l’apprendre à ses enfants. Elle n’a pas réalisé que l’amour, c’est pas inné, et que si on n’a pas appris, ben on peut pas savoir et qu’on a à revoir sa copie en profondeur. Elle n’a pas réalisé qu’en matière d’amour, ce sont les enfants qui pourraient et qui peuvent nous en apprendre long… Elle n’est pas passée par la phase "je me regarde bien dans le détail dans le miroir et putin qu’est ce que je suis moche et con et sans coeur !". Il est tentant d’éviter cette phase là. Mais on revient en arrière… et c’est exactement ce qu’ils font, dans cette famille.

En plus, GrosMulet s’est mis à son compte et écrase tout le monde du haut de sa réussite et soit-disant supériorité. Il soigne ainsi une estime de soi au ras des paquerettes parce que quand on a encore peur de son papa à 40 berges alors qu’on est une grande brute (et que ce dernier est mort), on a pas beaucoup d’estime de soi, je le sais, j’y suis passée, et j'en suis sortie qu'après avoir dit ma colère à mes parents... Ce mec, il n'a jamais manifesté la moindre colère contre son père, selon lui, c'était "pas la peine". La trouille d'enfant, oui ! Et c'est pas bon pour l'estime de soi en tant qu'adulte, la peur de la confrontation à ses parents.

Depuis, Lacryma, de soumise, est devenue servile. Elle reproduit la relation à sa mère avec son mari. Impossible de dire quoi que ce soit, de reprocher quoi que ce soit à ce mari qui forme les autres à "la relation je + / Tu +", hein ! Que peut-on dire à un tel génie ? Comment aller lui dire qu’il devient con et imbu de sa supériorité comme son propre père l’était ? Surtout quand on n’a jamais osé avant, quand il l’était beaucoup moins … Le problème, c’est que là, avec sa tête et ses chevilles enflées, il devient vraiment très con. Et elle n’arrive pas à le lui dire… Et plus ça va aller, et moins elle va pouvoir…
Forcément, intérieurement ça bout. Et quand on peut pas balancer sa colère à qui de droit, que ce soit ses parents ou son mari, qui c’est qui prend ? Ben les plus faibles à portée de main : les gosses. Et en l’occurrence celui qui a le plus de soucis visibles, ici donc PtiMulet…

Ces gens-là, en se croyant très loin des comportements de leurs propres parents, reproduisent pourtant exactement la même chose : L’ABSENCE d’AMOUR.Ils veulent croire que "la famille", même si ils y ont bavé des ronds de chapeau, il faut la "maintenir", maintenir les relations, les illusions sur elle. En s'occupant des vieux qui n’ont jamais rien fait pour le mériter, ils espèrent qu'un jour, leurs vieux, ils se rendront compte de tout ce qu’ils ratent et qu’ils les aimeront. Et ils font tout ça en vain, parce que c'est le jeu des parents que de faire miroiter l'amour qu'ils ne donneront jamais pour faire ramper leurs enfants...
Alors ces ex-enfants devenus parents reportent toute leur hargne et leur haine dueà la frustration de l'échec permanent à être aimé sur leurs enfants. Ils se valorisent sur le dos de leurs gosses en prétendant ne plus rien avoir à apprendre, en prétendant "tout savoir"…
Et ils ne supportent pas que leurs enfants leur montrent qu’il y a des problèmes... C’est normal, hein, ma mère était comme ça, elle ne supportait pas et ne supporte toujours pas qu’on lui montre que NON, elle ne sait pas tout et qu’elle n’a pas été une si bonne mère que ça… Que sa souffrance à elle ne justifie pas le fait qu’elle nie celle de ses propres enfants. Quand on fait pour ses enfants ce qu’on aurait aimé avoir pour soi-même enfant, on ne les écoute toujours pas et on n’est pas dans le "cœur" avec eux. Quoi qu’on croit.

Et ce que comble cet enfant en engloutissant la bouffe, ben c’est ça, l’absence d’amour. Sauf que tant que les parents ne veulent pas le voir, ben ça ne changera pas. Au contraire. Plus ils le limiteront et l’emmerderont sur la bouffe, et plus il ira dans l’autre sens…
Tout ça parce qu’ils n’ont pas mené le travail sur eux-mêmes jusqu’à la phase cruciale, celle qui fait le plus mal !
La phase "Je ne sais pas aimer parce que mes parents ne me l’ont pas appris". Tout chez eux n’est que relations de pouvoir et de soumission implicites et/ou explicites, et ils prétendent l’inverse à leurs enfants ; MENSONGES. Mensonges que dénoncent toujours les enfants par leurs comportements, un jour ou l’autre...

On les dérange parce qu'on n'est jamais sûrs de tout savoir, et qu'on laisse aux autres la possibilité d'exprimer leurs points de vue et leurs émotions, même s'il nous remet en question. ça nous permet de changer, d'évoluer, et donc d'établir des relations d'égal à égal y compris avec nos enfants. Ils nous dérangent parce qu'ils sont sûrs de tout savoir et de pouvoir en apprendre aux autres sur tout, et ainsi empêchent toute relation d'égal à égal de se mettre en place, quand bien même ils prétendent l'inverse…

Je sais très bien que ce que je ne supporte pas chez eux, c'est le rappel du couple de mes parents, inversé, certes, mais bel et bien la même relation de pouvoir, avec l'un écrasant (celui qui a le plus peur de l'abandon et qui s'en protège par le contrôle absolu) et l'autre carpette (celui qui a appris à confondre amour et tyrannie). Seulement voilà, j'ai changé. J'estime aujourd'hui que sur ce coup-là, ce n'est pas à moi à me remettre en question. Et j'ai aussi changé sur mon côté Don Quichotte...

Et ils se prennent au sérieux. Tellement au sérieux. Et se prendre au sérieux et prétendre "apprendre" des choses qu’on ne connaît pas soi-même à ses enfants, c’est la pire chose qu’on puisse leur faire. Je dis parfois aux miens que j’étais une fieffée conne quand ils sont nés. Je leur dis que j’y connaissais rien en amour, et que j’apprends tout en même temps qu’eux et avec eux, et que ce n’est pas facile pour moi, et ça les fait rire.
Et c’est la vérité. Et quand la vérité fait rire, on a tout gagné !
J’aurais pu encore plus mal tourner, devenir encore plus con que je l’étais, j’en ai eu un exemple sous les yeux samedi… Je l’ai échappé belle !

Mais je ne sais toujours pas si c’est moi qui suis cinglée ou eux… Est-ce que, comme dit Droufn, ça vient du jambon dans lequel on est taillé ? Fodra que je fasse encore un autre post ! MDR !