Or donc samedi soir, j’avais fini par me décider à inviter la famille X. ça faisait des mois que je la reportais, cette invitation, sans trop vouloir savoir pourquoi, hein, comme à chaque fois que ya un truc qu’on veut pas faire… Je vais essayer, je dis bien essayer parce que c’est dur, de décrire la soirée telle qu’elle s’est passée…

La famille X : Le père, GrosMulet (c’est pas son vrai nom, lol ! z'aviez deviné ? ah bon.), est un colosse taillé comme un rugbyman, soit disant qui "a tout réglé ses problèmes psy" et est formateur indépendant en management où il applique les principes de l'analyse transactionnelle. La mère, que je vais appeler Lacryma , est petite, plutôt effacée, soumise (malgré le fait qu’elle croit l’inverse) à son mari. Elle est arrivée avec des nouvelles lunettes, rectangulaires, strictes, parce qu’elle ne voit plus de près depuis quelques mois (elle a 38 ans)(bon moi je vois pas de loin depuis des lustres, mais mes lunettes, merde, c'est ot'chose ! nan chu pas objective. N'empêche qu'avant, c'était une belle femme, avec quelque chose de Sophie Duez. j'ai remarqué, et l'homamoi aussi, qu'elle ne l'était plus. A quoi ça tient, mystère et bec bunzen...). La fille (ce sera Fluette) a 13 ans, est maigre comme un clou, aux yeux tristes et plus grande que sa mère, a déjà vécu une période d’anorexie (elle refusait de manger) vers 9 ans, et le fils (ce sera PtiMulet vu les poids qu’il porte) a 10 ans, est taillé comme son père, il est un peu gros, mais heureusement pour lui grand aussi...

A partir de maintenant, vous entrez dans la 18ème dimension. (Moi je le savais pas.)

19H15 : La famille X arrive cheux nous. Avec un superbe cadeau. Magnifique, sisi. Les gosses sont tout contents de se retrouver, ils se barrent jouer ensemble illico. J’ai (malheureusement ?) l’habitude, quand j’invite "avec enfants", de ne pas les mettre à table avec les adultes, mais de leur mettre sur une table à disposition plein de trucs salés et sucrés, dont bonbons etc. Ils peuvent comme ça aller et venir, jouer, et manger comme ils veulent quand ils veulent…

GrosMulet me regarde et me dit "ça faisait longtemps que je t’avais pas vue." Ouai, surtout depuis que j’ai un tatoo dans le cou et un sur l'épaule, que j'ai l'air heureuse et épanouie, lol... comment ça, c’est pas un fait ça ?

Les adultes, nous, donc, s’installent pour prendre l’apéro. Déjà, GrosMulet entame la soirée par un "je suis crevé". Bon. Lacryma rajoute : "il a eu beaucoup de travail toute la semaine, et on a eu du monde à la maison toute la journée, ça tombait mal.". ça fait un mois qu’ils savent qu’ils viennent ce soir, mais bon, passons, aooommm, on respire, relax max, grand sourire, hein.

19H30 : GrosMulet picore les apéros et boit son whisky-coca d’un air las, limite à bout de force... Tout ce qu’il bouffe ce sont les cacahouètes… Manifestement il n'aime pas ni les olives, ni les fruits séchés top moumoute trop de la balle tellement ils sont bons, tant pis pour lui je les bouffe tous avec Lacryma ! La discussion s’engage sur les problèmes de fosse sceptique et de conduits à merde (ils arrêtent pas d’en avoir, si Jung était là...), ça commence bien.
ça continue sur  les boulots respectifs des hommes. Le classique "chu débordé, chaipu où donner de la tête", les digressions diverses sur "mais que foutent ceux qui bossent pas…", j’en passe et des meilleures. ça continue fort...

20H : on commence à bouffer. J’m’étions pas vraiment foulée pour le repas, plutôt classique, mais c’était du bon.
Les enfants, comme à leur habitude, font des allers retours entre les chambres et leur bouffe… Normal quoi… Sauf que :

1-Il y a eu les rappels à l’ordre réguliers de la mère sur le fils, première depuis qu'on se connait  : "PtiMulet, arrête de manger !", "PtiMulet, ça suffit !", "PtiMulet qu’est ce que tu as dans la bouche ?", "PtiMulet tu arrêtes maintenant !", et à sa fille "Fluette, ton appareil est cassé, ne mange pas de bonbons" (J’ai pas compris : elle peut manger des chips, des cahouètes et des saucisses, mais pas des bonbons ?)… Bref, pénib.
2-GrosMulet, qui dévore d’habitude, n’a rien bouffé ou quasi. On aurait dit que tout ce qu’il y avait sur la table le dégoûtait. Mais sans doute que je me fais des idées, ptet c'était que moi, après tout... MDR !
3-La conversation, pendant TOUT le repas, a tourné autour des élections, et après, autour des hommes politiques (en remontant loin, hein, Bérégovoy, Mauroy, Etcetéroy, ahahah). Je me suis fait chier dans les grandes largeurs. GrosMulet n’avait pas envie de parler d’autre chose. Des choses importantes, comme les problèmes des enfants avec le prof de maths ou l’infirmière au collège, par exemple. J'ai pas réussi à en placer une sur ces sujets, et j'ai pas beaucoup insisté, je dois avouer.

Bon, Lacryma, elle, a bien réussi à caser qu’elle passait plusieurs fois par semaine chez sa belle doche depuis le décès de son bop pour voir si elle avait besoin de ketchose. Ben voui, la belle doche habite à 7 km du village et ne sait pas conduire, hein. Et c’est pas son fils qui se la colle, ni sa propre fille, parce que EUX ils travaillent. Lacryma aussi, mais ça tout le monde s’en fout, apparemment… GrosMulet est vite passé à autre chose. Et Lacryma de se la fermer...
GrosMulet a aussi trouvé le moyen de se foutre de moi après m’avoir demandé quels étaient mes projets "d'avenir" et que j’ai répondu la vérité, bêtement, "écrire des nouvelles pour des appels à texte sur internet" et "nan c'est pas payé, c'est juste pour reprendre l'écriture que j'avais laissé tomber.". Avec un petit rire méprisant, et légèrement à retardement, il m’a regardée et il a dit "ah oui, c’est bien, ça, moi aussi je vais écrire…".
Et pi à un moment il a fait une digression sur le réchauffement de la planète et l’angoisse que ça lui fait pour ses enfants (genre "nous on le verra pas mais eux qu’est ce qu’ils vont trinquer"). Etant donné la suite de la soirée, ya de quoi être mort de rire ou de désespoir, au choix.

21H55 : Vu le picorage de GrosMulet, on évite le fromage, le repas ne dure pas longtemps (et ouf, quelque part !). Sachant que le gâteau du dessert plaisait aux enfants, on avait prévu de le manger tous ensemble… Donc on s’est tous installés autour de la table, nos gosses entre nous, les leurs à côtés d’eux (Fluette à côté de papa, PtiMulet à côté de maman)...
PtiMulet a donc mangé son gâteau. Englouti plus exactement, bon ça le changeait pas, hein, je l’ai vu l’année dernière, chez lui, tremper des gâteaux dans du coca sans que sa mère lui dise rien, alors.
Sauf que là, tout a basculé (En fait ça faisait un moment que ça penchait dangereusement, hein !, mais sur le coup, j’l’avais pas vu venir !). Lacryma est devenue hystérique, transformée d'un coup en espèce de mégère... Elle s’est mise à déblatérer sur un ton méchant "Mais t’as déjà fini ? ça va pas ? t’as vu à quelle allure t’as mangé le gâteau ! Personne n’a fini, ya que toi, tu l’as englouti, mais personne va te le bouffer, quoi, tu peux pas faire doucement."
GrosMulet : "Si tu continues, tu sais ce qui t’attends, t’auras plus à manger que des légumes verts vapeur !"
Lacryma, méchante : "Regarde toi, t’es qu’une tripe, t’es même pas un estomac, t’es qu’une tripe, après il faut pas t’étonner qu’on te traite de gros." Et ça a duré au moins 5 minutes comme ça. Le gosse humilié devant nous, elle complètement déchaînée, et le père qui de temps en temps rajoutait un peu d’huile pour relancer la machine…
Ensuite le petit est parti, au bord des larmes.

22H10 : là, ce que je vous rapporte, c’est ce que l’homamoi a vu. Parce que moi, j’ai été tellement saisie et choquée par cette scène que j’ai zappé la suite, à part leur départ. Je me suis levée, j’ai commencé à débarrasser, le nez dans les assiettes, intérieurement paralysée, ya pas d’autre mot.
Après donc, le petit est parti s’enfermer dans notre bureau. GrosMulet voulait aller l’en déloger par la force et l’engueuler. L’homamoi, prêt à faire barrière en se levant, lui a dit que PtiMulet avait le droit d’aller râler dans le bureau et que non il ne fallait pas y aller mais le laisser tranquille. Et Fluette, défenseuse de son petit frère, itoument a dit non en même temps que l’homamoi. Avec Fluette, mes gosses étaient complètement atterrés. Ils sont partis essayer de faire sortir PtiMulet…

S’en sont ensuivies tout un tas de justifications à rallonge : "c’est pour lui qu’on fait ça, il en souffre, de son poids, l’autre jour il est revenu de l’école en pleurant parce qu’on l’avait traité de gros, il faut qu'on le restreigne, c'est pour son bien". (Roirk scusez moa deux secondes je vais vomir et je reviens...)

J’ai bien essayé de dire "mais s’il engloutit tout comme ça ya peut-être autre chose, peut-être il f… " (je voulais dire ptet il faudrait l’amener chez un psy). Et là l’homamoi m’a coupée. J’ai pas vu mais il parait que GrosMulet a fait une tronche terrible quand j’ai commencé à dire "autre chose".

On a essayé quand même de glisser qu’on connaissait une très bonne nutritionniste, mais je pense que le problème est ailleurs, parce que ce gamin il a toujours eu des problèmes de poids, il se remplit et engloutit tellement vite qu'il s'en étouffait petit (le père : "il est comme ça, bébé déjà il engloutissait", la mère "ouai, ça vient de tout petit, il est comme ça on n’y peut rien"). Il a aussi eu longtemps des terreurs nocturnes, ainsi que, (je le sais par mon fils), au début de cette année, des soucis à l'école car il se faisait battre par d'autres.

Le pire de tout ça, c’est qu’il y a un an, Lacryma me parlait de sa propre nièce, la fille de son frère et de ses problèmes de surpoids en me disant que c’était symptomatique de ce qu’elle portait comme problèmes psys non résolus de ses parents... Et pour les siens alors ? Non ? Eux ils SAVENT que leurs enfants "vont très bien". Mossieur de toute façon refuse que ses enfants voient des personnes qui pourraient les aider à aller mieux dans leur tête et dans leur corps. De toute façon GrosMulet SAIT tout (vive l'AT), commande, madame obéit, et se la ferme et se venge sur ses gamins, mais à part ça, ils vont tous très bien... moi ya des trucs qui m'échappent...

20 minutes après, ils étaient partis. Nos propres enfants étaient venus se réfugier dans nos bras quand on se disait au revoir, et les regards de Fluette et de PtiMulet sur nous était suffisamment parlants. Tristes. Et envieux.

J’ai été mal après. Je me suis sentie lâche. Qu’est ce que j’aurais du faire ? Est-ce que j’aurais pu faire quelque chose ? C’est la question que je n’arrête pas de me poser depuis l’autre soir...
Je ne me sens plus aucune affinité avec ces personnes.
Mon mari me dit que je devrais être plus indulgente, accepter les gens comme ils sont. Que de toute façon ça servait à rien de dire quoi que ce soit, qu’ils ne veulent pas entendre et qu’ils sont comme ça. Mais je peux pas. Je peux pas… J’ai tout pris dans la gueule comme si j’avais été ce petit, et ça a été comme un électrochoc… Je n’ai rien à dire à des gens comme ça. Absolument rien. Et je n'ai plus envie de les voir.

Donc ya des jours où je me demande si ce serait pas moi qui s'rais complètement folle, par hasard…

Je continuerai à vous expliquer ma conclusion du post d'hier demain, parce que là, c'est déjà long, lol !